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Posts Tagged ‘APP’

Cette année 2015 est marquée pour moi par plusieurs projets d’écriture. Dans les prochains articles de ce blog, je vais essayer d’en rendre compte.

« Une question de temps : apprentissage par problème dans un cours de police scientifique » est un texte paru dans la Revue Internationale de l’Enseignement Supérieur (RIPES). Il fait suite à un projet de développement pédagogique initié par la Prof. Céline Weyermann de l’Institut de Police Scientifique de l’Université de Lausanne. Il raconte le développement d’un de ses enseignements vers une organisation en Apprentissage Par Problème (APP).

En voici le résumé:

Cet article présente l’évaluation du scénario pédagogique d’un cours portant sur la datation et la chronologie en police scientifique organisé autour d’un apprentissage par problèmes (APP). Ce cours est organisé en APP pour aborder autant les questions pratiques que les concepts théoriques avec les étudiants, remplaçant ainsi une partie d’un enseignement ex cathedra. L’évaluation du scénario a mis en évidence le degré élevé de motivation des étudiants lié aux types de problèmes proposés, issus de situations réelles. Ceux-ci ont appris à travailler en groupe et à interagir de manière systématique avec leur entourage, étant ainsi partenaire de leur apprentissage plutôt que récepteurs. Cette nouvelle façon d’aborder l’enseignement théorique a également permis à l’enseignante d’améliorer ses capacités à transmettre les compétences visées au long du processus mis en place et ceci tout particulièrement en terme de transfert de la théorie vers la pratique.

J’ai pris beaucoup de plaisir à accompagner ce projet et à participer à l’écriture de cet article. Tout cela s’inscrit en droite ligne dans le courant du Scholarship of Teaching and Learning dont j’ai déjà parlé dans un autre article. Outre le fait que j’aie pu aider à la mise en place d’un APP, j’ai aussi participé à l’évaluation de ce projet, ce dont rend compte l’article.

Weyermann, C., Daele, A., Muehlethaler, C., & Voisard, R. (2015). Une question de temps : apprentissage par problème dans un cours de police scientifique. Revue internationale de pédagogie de l’enseignement supérieur, 31(1). Consulté à l’adresse http://ripes.revues.org/953

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« Questions de Pédagogies dans l’Enseignement Supérieur« , 7ème du nom, est un colloque bisannuel qui existe depuis 2001 et auquel je vais participer pour la première fois. Cette année, ce sera la semaine prochaine, du 2 au 5 juin à l’Université de Sherbrooke au Québec. Le thème est « Les innovations pédagogiques en enseignement supérieur: pédagogies actives en présentiel et à distance ». Je me réjouis d’expérimenter ce colloque qui présente plusieurs particularités intéressantes. Tout  est fait pour que les discussions entre praticien-ne-s et chercheur-euse-s soient enrichissantes. Chaque session dure 1h30 pour trois présentations. Chaque présentateur-trice parle pendant 10 minutes seulement puis il reste 1 heure pour la discussion préparée par le/la modérateur-trice. Cela demande une préparation particulière: pas trop de dias de présentation et réflexion à l’avance sur les questions proposées par le/la modérateur-trice.

Une des deux présentations que j’y ferai s’intitule « Une question de temps: apprentissage par problèmes dans un cours de police scientifique » (PDF – 181Ko). C’est un texte qui fait le bilan d’un projet d’un an financé par le Fonds d’Innovation Pédagogique de l’Université de Lausanne et mené par Céline Weyermann, professeure à l’Institut de Police Scientifique avec Cyril Muehlethaler, Romain Voisard et moi-même. Le but de ce projet était d’introduire des apprentissages par problèmes dans un cours de Master en police scientifique intitulé « Datation et Chronologie ». Voici quelques extraits de l’introduction:

Le domaine forensique a bénéficié ces dernières années d’une expansion importante résultant en un programme de cours de plus en plus chargé. C’est ainsi, que récemment un nouveau cours lié à une approche plus systématique des aspects temporels en science forensique a été introduit dans le cursus des étudiants de Master [Weyermann et Ribaux, 2012]. Leur programme étant déjà suffisamment chargé, ce cours n’a pas pour but d’introduire de matière supplémentaire mais, en se basant sur les notions acquises précédemment, de permettre aux étudiants de considérer et intégrer les aspects temporels dans la résolution de cas pratiques. Le cours intègre donc une partie interactive importante afin de faciliter l’apprentissage des étudiants et de leur permettre de développer leurs compétences de réflexion dans les situations réelles qu’ils retrouveront plus tard dans leur vie professionnelle. L’introduction de l’apprentissage par résolution de problèmes (APP) soulève plusieurs questions pédagogiques [Moskovitz, 1992], notamment le fait de disposer d’un nombre de problèmes suffisants et de les adapter aux objectifs d’apprentissage. Il faut également considérer l’encadrement des groupes d’étudiants et la formation spécifique des personnes qui les encadrent [Savin-Baden et Howell Major, 2004]. Ainsi cette nouvelle approche dans ce cours visait les objectifs suivants :

  1. Soumettre aux étudiants du matériel stimulant la discussion de problèmes importants dans le domaine :
  2. Proposer des problèmes provenant de situations forensiques réelles ;
  3. Guider les étudiants dans une réflexion critique en leur fournissant peu de ressources afin de les amener à la résolution de problèmes par eux-mêmes ;
  4. Amener les étudiants à travailler en collaboration dans des petits groupes de 3-4 personnes ;
  5. Stimuler les étudiants à identifier leur besoin en apprentissage et ressource ;
  6. Amener les étudiants à utiliser les connaissances acquises dans la résolution de nouveaux problèmes et identifier de nouveaux problèmes ;
  7. Apprendre une nouvelle approche pédagogique à l’enseignante.

Pour évaluer ce projet, nous avons analysé plusieurs points de vue: celui des collègues de l’institut qui ont participé à la conception des problèmes, celui des étudiant-e-s via des questionnaires et un focus group, celui du conseiller pédagogique qui est venu en observation en classe et celui de l’enseignante qui a tenu un carnet de bord. C’est cette évaluation que je présenterai au colloque.

L’intérêt d’un tel travail est de soutenir et valoriser les projets pédagogiques des enseignant-e-s. C’est ce que nous appelons le « scholarship of teaching and learning » ou SoTL (j’en ai déjà parlé à plusieurs reprises sur ce blog). A ce propos, je trouve l’objectif 7 ci-dessus particulièrement intéressant. La professeure l’avait inscrit d’emblée dans le projet comme un objectif personnel. Le carnet de bord qu’elle a tenu pendant le semestre qu’a duré son cours a permis de suivre l’évolution de ses réflexions sur le projet.

Tous les actes des précédents colloques sont consultables en ligne.

Weyermann, C., Daele, A., Muehlethaler, C. & Voisard, R. (2013). Une question de temps : apprentissage par problèmes dans un cours de police scientifique. Actes du VIIè colloque Questions de Pédagogie dans l’Enseignement Supérieur, Sherbrooke, Québec, 3-5 juin 2013.

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Un des points communs à la plupart des ressources que l’on trouve sur la méthode de l’Apprentissage Par Problèmes (APP) pourrait se résumer par la maxime « Tout ou rien ». En grossissant les traits, quand on se lance dans cette méthode au niveau d’une faculté ou d’un programme d’enseignement supérieur, il vaudrait mieux, d’un point de vue pédagogique, organiser tout l’enseignement avec cette méthode plutôt que d’essayer de la marier avec d’autres méthodes plus traditionnelles. La raison principale en est que cela risque d’apporter de la confusion dans l’esprit des étudiant-e-s lorsqu’ils/elles doivent faire preuve d’engagement et d’autonomie dans les moments en APP et se comporter de façon moins active à d’autres moments (par exemple si le mode d’évaluation est peu cohérent avec la méthode APP). C’est en tout cas un message important que je retiens à la lecture des quelques ressources que j’ai rassemblées sur le sujet.

Pour situer l’intérêt de cette méthode, Nicole Roberts, de l’École de Médecine de la Southern Illinois University, résume en 10 points les « essentiels » de l’APP, que ça soit en médecine ou dans d’autres disciplines:

  1. Les étudiant-e-s doivent être responsables de leur propre apprentissage. Un des objectifs de l’APP est de rendre les étudiant-e-s autonomes; avec l’aide des enseignant-e-s dans un premier temps. Ceci implique de préparer les étudiant-e-s à la maîtrise de compétences méthodologiques de base: recherche d’informations, collaboration, organisation et planification de son travail, etc.
  2. Le problème soumis aux étudiant-e-s devrait être peu structuré et permettre une certaine liberté dans la recherche de solution. Idéalement, le problème devrait se présenter comme « dans la vraie vie » de professionnel-le-s dans un contexte de travail pour laisser les étudiant-e-s émettre différentes hypothèses et mettre en place plusieurs pistes pour les vérifier.
  3. Le problème proposé aux étudiant-e-s devrait couvrir plusieurs disciplines ou matières différentes. Une idée forte qui sous-tend cette méthode est justement que les étudiant-e-s fassent des liens entre leurs différents cours et mobilisent des connaissances de plusieurs disciplines.
  4. La collaboration est essentielle. Pour qu’il y ait collaboration, il faut que le problème soit insoluble en travaillant seul pour que les étudiant-e-s se répartissent le travail et s’entraident pour les différentes étapes de la résolution.
  5. Ce que les étudiant-e-s apprennent individuellement quand ils/elles se répartissent le travail devrait être partagé ensuite au sein du groupe. De retour en groupe après un travail individuel, les étudiant-e-s devraient partager leurs découvertes. Le rôle du/de la tuteur-trice est ici assez important pour faciliter l’expression et la discussion.
  6. Les discussions en groupe ne devrait pas porter uniquement sur la résolution du problème mais aussi sur les concepts et principes appris pendant le travail. L’enjeu ici est de s’assurer que les étudiant-e-s seront capables d’utiliser les connaissances qu’ils développent dans d’autres situations futures ou par rapport à d’autres problèmes qu’ils/elles rencontreront plus tard.
  7. L’auto-évaluation et l’évaluation par les pairs devraient être mises en place systématiquement à la fin de chaque problème et unité d’enseignement. L’APP vise aussi à ce que les étudiant-e-s développent des compétences métacognitives à propos de leur propre apprentissage.
  8. Les problèmes proposés aux étudiant-e-s devraient porter sur des sujets réellement rencontrés par des professionnel-le-s sur leur lieu de travail. L’idée est que la résolution de problèmes en classe prépare directement à l’exercice d’un métier.
  9. Les évaluations sommatives devraient porter aussi sur les compétences de résolution de problèmes et pas uniquement sur les contenus appris. Si un des objectifs de l’APP est que les étudiant-e-s développent des compétences de résolution de problèmes, il faudrait en toute logique l’évaluer en tant que tel.
  10. L’APP devrait être la méthode de base dans un curriculum et pas faire seulement l’objet d’activités limitées. Idéalement, l’ensemble des méthodes pédagogiques mises en œuvre dans un curriculum devrait former un tout cohérent où l’activité, l’autonomie et la réflexion des étudiant-e-s seraient favorisées.

Il y a quelques mois, j’ai eu l’occasion de travailler avec une assistante de la faculté de médecine qui devait pour la première fois encadrer un groupe d’étudiant-e-s en APP. Elle se posait certaines questions en lien avec les quelques « essentiels » listés ci-dessus:

  • Comment rédiger le problème pour des étudiant-e-s dont c’est la première expérience en APP? Selon les principes ci-dessus, il faudrait toujours que les problèmes soient peu structurés et « déstabilisants » pour les étudiant-e-s. Est-ce que le risque avec des étudiant-e-s de première année n’est pas de les démotiver si le problème est vraiment trop complexe? L’idée que nous avons retenue en discutant est qu’il faudrait peut-être commencer avec des problèmes qui proposent une certaine structure ou de guider les étudiant-e-s un peu plus lorsqu’il s’agit d’un premier travail de groupe.
  • Comment évaluer les apprentissages des étudiant-e-s? Selon quels critères? Manifestement, c’est une question qui ne s’était pas posée au sein de l’équipe pédagogique organisant les APP. Cela posait problème à cette assistante dans la mesure où elle n’était pas sûre d’évaluer les étudiant-e-s de son groupe de façon précise et qu’elle avait l’impression que d’un groupe à l’autre, les étudiant-e-s pouvaient échouer ou réussir parce qu’ils/elles étaient évalué-e-s de façon différente. Finalement, elle a rédigé plusieurs critères d’évaluation qu’elle a transmis aux étudiant-e-s de son groupe.
  • Comment évaluer le temps de travail d’un groupe pour que l’activité APP « rentre » dans le cadre des crédits ECTS? En discutant, l’idée qui s’est dégagée était qu’il faudrait que l’équipe des enseignant-e-s et tuteur-trice-s se mettent d’accord sur le processus et le temps de travail qui seraient comptabilisés pour les étudiant-e-s. Dans son contexte, la discussion n’était pas évidente à initier et ce qui a été retenu, c’est que le travail en APP devait se réaliser en présence au moment des Travaux Pratiques en classe. Ceci peut paraître surprenant en regard de l’autonomie que l’APP requiert de la part des étudiant-e-s. Mais certaines cultures de départements ou de facultés sont bien ancrées et on ne change pas facilement les habitudes à ce niveau 🙂

Voici donc un témoignage de mise en œuvre d’APP qui souligne qu’il y a parfois un décalage entre les grands principes d’une méthode pédagogique et son application concrète. Ce décalage peut venir du fait que des pratiques pédagogiques bien ancrées sont bousculées et que des aménagements sont à prévoir pour en tenir compte.

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